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Partout la terre brûle : en France, en Espagne, en Grèce, aux États Unis… Elle ne brûle pas seulement sous le soleil d’un été trop chaud. Elle brûle de nos renoncements, de notre indifférence, de nos aveuglements. Elle brûle parce que nous avons trop longtemps cru que les forêts étaient éternelles, que les rivières ne pouvaient pas s'assécher, que le vivant pouvait tout supporter sans jamais réclamer justice. Quelle prétention, quel égarement, quelle inconscience de l’Homme ! Le ciel s’est habillé de cendres. Les flammes dévorent des siècles de patience en quelques heures. Les arbres tombent dans un fracas qui est celui de notre échec. Chaque forêt qui disparaît est une bibliothèque vivante que nous laissons brûler sans avoir appris à la lire. La faune, ce peuple silencieux des sous bois, souffre et meurt sans bruit, invisible…les oiseaux cherchent un ciel que la fumée leur a dérobé, les animaux affolés fuient vers des horizons déjà rouges et se retrouvent piégés dans la fournaise sans espoir de salut.

Au milieu de cet enfer, avancent avec courage ceux qui refusent d’abandonner et font vœu de solidarité… pompiers, agriculteurs venus en renfort, volontaires qui apportent nourriture et eau et participent à la lutte comme ils le peuvent… Ils marchent vers le feu quand tous les instincts commandent de fuir et de se mettre à l’abri. Ils affrontent des murs de flammes, des arbres qui défaillent, des vents qui changent de direction en quelques secondes pour sauver des vies sans savoir s’ils épargneront la leur. Certains tombent…Baptiste, Anthony, Wilfried, Laurent… Nous leur devons plus que des remerciements. Nous leur devons une reconnaissance qui se traduise en moyens, en prévention, en décisions, en prise de conscience. Leur héroïsme ne devrait jamais servir d’alibi à notre inaction…

Et puis il y a ces femmes, ces hommes, ces enfants qui regardent leur maison disparaître dans un nuage de fumée. Une maison, ce n’est pas une simple construction… c’est un refuge, une histoire, des anniversaires, des photos, des dessins d’enfants sur un frigo… En quelques heures une vie entière peut se réduire en une poignée de cendres. Des jours d'inquiétude, d’angoisse, d’insomnie dans un gymnase en attendant que les flammes cessent sans savoir s’il restera quelque chose à retrouver…
Combien de ces feux n’auraient jamais dû exister ? Combien sont nés de l’inconscience ? Combien de la négligence ? Combien de la folie criminelle d’un être humain qui craque une allumette comme on signe une condamnation ? Mettre volontairement le feu à une forêt c’est assassiner des milliers de vies, c’est voler l’air des générations futures, c’est détruire un patrimoine qui n’appartient à personne parce qu’il appartient à tous. Que dire de ce feu là qui consume une humanité qui se croit propriétaire du vivant alors qu’elle n’en est que le dépositaire ?

Enfin un matin, le feu est maîtrisé, vaincu… et au milieu des troncs calcinés, des cendres encore fumantes, le calvaire de Saumos en Gironde se dresse, bouleversant, exposant son Christ crucifié au milieu de l’enfer. Cette photo a fait le tour des réseaux. Debout au cœur de la forêt dévastée, cette présence silencieuse semble murmurer : « Je suis là, au milieu de vos blessures. Je souffre avec vous. » La croix n’est pas le symbole de la défaite. Elle est espérance qui traverse la souffrance, vie qui triomphe de la mort. Pâques ne succède il pas au Vendredi Saint ? Cette image porte une force universelle. Elle évoque ce qui résiste lorsque tout semble anéanti : cette capacité à se relever, à aimer, à tendre la main, à croire en demain. Les flammes peuvent consumer la matière mais elles ne peuvent réduire en cendres, la dignité, le courage, la solidarité et l’espoir.
Demain, peut être, au pied de la croix, surgira une jeune pousse… La vie est fragile mais elle est aussi incroyablement obstinée…
« La lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée. » (Saint Jean)
(Bridg)